Quand il était petit, sa mère l’exhibait le cul nu pour montrer qu’elle était capable de fabriquer un homme.
Il eut de nombreuses soeurs.. Quand une fille naissait elle pouvait encore porter chance à la famille. C’est à dire que si elle précédait un garçon on considérait à posteriori qu’elle avait
porté chance à la famille.
Grande famille au demeurant, dans la moyenne des kabyles : 6 garçons et 6 filles. Tout naturellement l’amour de la mère s’était divisé en 12 parts : 11 douzièmes pour l’aîné et la dernière
part pour les 5 autres garçons qui avaient fini par naître plus tard. Bonne pioche pour Rabah puisqu'il était l'aîné.
Les filles s’estimaient heureuses d’être dans une famille où on leur donnait de la viande et où les études ne leur étaient pas interdites. Rabah, très jeune, avait montra des talents
d’organisateur. Il arrangeait des matchs de foot en affichant des bouts de papier sur les arbres du quartier « jeudi rendez-vous au stade »
Son père, en kabyle classique, ne croyait pas en son fils. Il prenait une petite boite d’allumettes et passait son doigt sur le petit côté de la boite en disant « de là à là je ne lui fais
pas confiance »
Plus tard Rabah partit en France comme nombre de ses compagnons d’école. C’est en France qu’il retrouva les images de son livre d’enfance : les villages groupés autour d’une église, les
châteaux forts et l’endroit où les Anglais avaient brûlé Jeanne d’arc à Rouen.
Il trouva aussi un soleil froid à Paris et une tristesse infinie venue de l’idée qu’il avait une dette envers ses parents qu’il ne pourrait jamais solder.
La hantise de tous les immigrés : repartir au bled « floch » ce qu’on peut traduire par « une main devant, une mains derrière » c’est à dire sans rien. L’essentiel pour un immigré comme dans tous
les pays reste d’éblouir les pauvres ploucs restés au bled. pas un mot sur les souffrances et les humiliations qui sont le lot des exilés de l’autre côté de la méditerranée, tout est oublié dès que
l’on peut étaler ses richesses : un canot pneumatique jaune fluo ou des lunettes marquées Dior en gros sur les deux branches.
En fait c’est les pieds devant qu’il est reparti nourrir sa terre natale.
Mais pour l’heure il fait son baluchon car il va étudier chez les pères blancs à Alger, un ersatz de jésuites. Quelques uns des fils aînés de Kabylie avait hérité de cet honneur écrasant d’aller
"étudier la France." Cahin-caha, alors qu’il ne voyait pas pourquoi on avait inventé d’autres matières que le sport et les sciences naturelles, il arriva jusqu’en 4e stade où on le fit doubler.
Conseil de famille extraordinaire : « doit-on l’enlever de cette école qui nous coûte les yeux d’un chameau ? » Rabah, qui se voyait déjà réquisitionné par ses oncles pour des tâches de
manoeuvre promit qu’on allait voir ce qu’on allait voir et l’honneur de la famille et le nom glorieux qui finirait par éblouir même des pères blancs dans leur drôle de burnous.
Il reprit donc le chemin de l’internat d’Alger le cabas plein de dattes de l’année. Le sport lui permit de reprendre espoir en ses capacités. Mais comme partout les Pères blancs attendaient
beaucoup d’un redoublant. A la fin de l’année le renvoi définitif fut décidé.
Coup de tonnerre, défénestration et miaulement. La famille était au ban de l’infamie. A travers elle, toute la Haute Kabylie devait se sentir méprisée.
Mortifié, Rabah se présenta au Préfet des études. Après le discours attendu « on t’a autorisé à doubler parce qu’on a de la peine pour ton père qui se saigne aux quatre veines pour que tu
fasses des études. » Rabah essayait d’imaginer les 4 veines de son père versant des flots de sang et tout ça par sa faute.
Profitant d’un silence Rabah osa demander « Pardon mon Père, c’est quoi le diplôme le plus élevé ? » - « eh bien, disons que pour toi, avoir le brevet serait vraiment un exploit » Le père, excédé,
commençait à remuer des papiers sur son bureau, signe que l’entretien touchait à sa fin. -« Oui, mais après ? » reprit Rabah, « au-dessus du brevet ? » -« Si tu veux que je te parle du
baccalauréat, c’est inutile de rêver tu n’y arriveras jamais » - « Oui, mais au dessus, qu’est-ce qu’il y a au dessus du bac ? »
" Écoute, en France nous avons toute une série de diplômes jusqu’au Doctorat "Le père évoquait ces sommets sur le même ton qu’il aurait adopté pour évoquer l’Atlantide à un pâtre grec.
"Redescends sur terre. Il faut que tu fasses un gros effort pour décrocher le brevet. Fais le pour ta mère. »
-« Merci mon père, ne vous en faites pas pour moi. Je ne savais pas ce qu’il fallait viser. grâce à vous je sais, je vais préparer un doctorat . Merci de votre confiance.» La porte s’était
déjà refermée sur Rabah. Le Préfet des études, médusé, autorisa le triplement, fait unique dans les annales.
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articles originaux pour la plupart. Ils concernent essentiellement la vie politique française par une citoyenne mère de famille qui a gardé ses capacités d'indignation.
En toute subjectivité.