Mercredi 6 mai 2009
Je donne congé sur le champ à ma locataire en pleurs et à l'autre personne qui me fournit un contrat de location rédigé en chinois et en français établi par ma locataire en titre. Bref un pataquès infernal.
Sortie de ce chaudron, j'essaye de remettre de l'ordre dans mes idées et décide de faire les choses correctement. S'ensuit un congé officiel pour résiliation de bail pour non-respect d'une clause essentielle (à savoir location consentie à une personne).
Les jours suivants j'apprends de la bouche de la seconde chinoise que j'avais mis fin à un commerce des plus lucratifs.Le projet de You était carrément d'installer des lits superposés et d'entrer en compétition avec les prisons françaises côté surpopulation, toujours en faisant venir des jeunes directement de Chine.
Je passe au commissariat du 5ème pour partager mon indignation avec un jeune officier, lequel, peu impressionné, note mon passage dans les mains courantes. Il me rappelle que je n'ai pas le droit de me faire justice. L'ordre public ne lui parait absolument pas menacé par ce que je relate.
Pour moi c'est gravissime.
Quelqu'un recrute sur Internet pour envahir Paris à partir de mon studio au 6ème étage de la rue Gay-Lussac!
J'enrage et décide de passer à l'action.
Le jour du congé, comme prévu, personne n'ouvre la porte. Je reviens avec un serrurier qui force la serrure. A l'intérieur un jeune chinois inconnu prend des photos pendant que You prend des poses comme si elle était violemment frappée (la bouche ouverte, les yeux révulsés) montrant par là des dons pour la comédie.
Je finis par virer You, son ami et les affaires. Je fais changer les serrures aussitôt.
J'ai à peine fini ces grandes manoeuvres que toute la police du 5ème se retrouve sur le palier.

Et me voila en garde à vue.
Une pièce sombre de 3 mètres sur 3, des bancs, le froid, la saleté. Dans la même pièce 2 drogués et un SDF tout juste sorti de la salle de dégrisement.
On m'a enlevé toutes mes affaires et fouillé en me déshabillant entièrement.
J'ai juste réussi à garder mes lunettes; une faveur exceptionnelle gagnée de haute lutte : j'explique que sans lunettes je ne pourrai pas voir une éventuelle attaque de cafards ou d'araignées... enfin j'ai dû dire autre chose...
Au bout de 3 heures rien. Le froid se fait intense. J'appelle pour avoir une couverture. On finit par me jeter un bout de couverture tellement sale que je me demande s'il ne vaut pas mieux mourir de froid.Je passe en revue toutes les maladies qui risquent de fondre sur moi. Le froid l'emporte et je finis par m'enrouler dans ce truc et m'allonger sur le banc la joue sur le bois.
Aucune notion du temps, l'impression d'être oubliée du monde entier dans un cachot digne de Louis XI.
Au bout de plusieurs heures on vient me chercher pour interrogatoire.
Comme il faut monter un étage on me passe les menottes, idem pour aller faire pipi.
Je suis frappée de voir le nombre de policiers qui se trouvent à l'intérieur du commissariat.Ca rigole, ça boit avec les copains. C'est surement un des arrondissements les mieux pourvus en personnel.
Ils n'oublient pas de me dire que ce qui m'arrive est normal "quand on loue à des étrangers" bref c'était bien fait pour moi. J'aurais mieux fait de louer à un petit gars de la police...

J'ai été relachée vers 19h.(j'avais perdu 9 heures de ma vie)
Dehors la vie continuait, les pigeons continuaient à tourner bêtement autour des pigeonnes...
On me dit que j'ai eu de la chance de ne pas y passer la nuit. J'imagine les charmes d'une nuit dans ces conditions spartiates. Pas vraiment ma conception de la villégiature.
La suite? j'ai du verser le dépot de garantie en espèces, solliciter une avocate qui a fait pression sur l'association franco-chinoise qui s'était révélée des plus louches.
Je suis passée en jugement un matin glauque.
J'ai dit que j'étais fonctionnaire retraitée.
"Vous ne travailliez pas au Ministère de la justice, j'espère ?" me dit le juge.
6 ans après les faits je suis persuadée d'avoir échappé à une effroyable catastrophe et étouffé dans l'oeuf, à moi toute seule, une filière d'émigration clandestine.
Pour me récompenser la République m'a collé une amende. Le juge m'a conseillé gentiment de ne pas recommencer. Pas de danger: il fait trop froid en garde à vue.
Bizarrement je ne loue plus depuis cette époque qu'à des étudiants français avec caution parentale.
Je suis devenue un bailleur comme les autres: frileuse, soupçonneuse.
Mais je continue à choisir mes locataires. Par goût des rencontres.
Propriétaire à Paris ? la galère je vous dis.
Par Léa Sanchez - Publié dans : propriétaire en galère
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Commentaires

bienvenue dans la communauté
bonne continuation.
Commentaire n°1 posté par ladrissette le 07/05/2009 à 18h39

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